Création établissement public Paris La Défense - CMP

par Peu Stéphane

Madame la présidente, monsieur le secrétaire d’État, madame la rapporteure, chers collègues, vous nous conviez ce matin à ratifier définitivement l’ordonnance qui instaure le nouvel établissement public unique dénommé « Paris La Défense », au 1er janvier 2018.

En d’autres termes, vous souhaitez que nous donnions notre blanc-seing aux petits arrangements trouvés en commission mixte paritaire entre les majorités de nos deux assemblées, entre le nouveau et l’ancien monde, dans ce qu’il a de plus détestable : les relations toujours borderline entre la sphère politique et celle de l’argent, qu’a connues ce département.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que nous ne nous livrerons pas à cet exercice. Nous ne pouvons souscrire, en effet, aux conclusions d’une commission qui passe par pertes et profits les objections formulées par la plupart des groupes parlementaires et par un certain nombre d’élus locaux.

Ces objections sont de deux ordres.

Elles portent en premier lieu sur le périmètre d’intervention du nouvel établissement public Paris La Défense. Vous le savez, celui-ci reprendra le périmètre historique de La Défense, à l’intérieur du boulevard circulaire, mais il pourra également s’en affranchir pour conduire des opérations d’aménagement sur un territoire beaucoup plus vaste, sans concertation ou sur avis simple des communes concernées.

Nous vous avons proposé d’instituer une obligation pour le futur établissement public de signer une convention avec les communes sur le territoire desquelles il sera compétent, car, contrairement à ce qui a été dit ici même, ainsi qu’en commission, la reconduction des conventions antérieures avec le nouvel établissement ne sera pas automatique. L’affirmation est inexacte sur le plan juridique, ce que nous pourrons malheureusement vérifier dans les prochains mois. Vous avez refusé d’apporter aux communes concernées cette garantie minimale.

Cette situation n’est pas acceptable. Afin de ne pas contrevenir au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales, vous auriez dû a minima retenir notre amendement qui prévoyait de requérir l’avis conforme des communes concernées sur les projets d’aménagement.

En second lieu, la composition du conseil d’administration telle qu’elle est prévue, avec une majorité absolue pour le département des Hauts-de-Seine, pose un réel problème démocratique. Aux termes de l’ordonnance, sur les six collectivités représentées, une d’entre elles dispose de la majorité absolue, donc de la possibilité d’imposer ses décisions à toutes les autres. Là encore, nous avions proposé de corriger ce choix à la marge, en garantissant une représentation pluraliste du département des Hauts-de-Seine, comme cela se fait habituellement dans les établissements publics d’aménagement.

Vous nous avez alors opposé le principe de la libre administration des collectivités, que vous veniez de piétiner en repoussant l’amendement précédent. Il existe pourtant dans la législation française de nombreuses dispositions prévoyant l’obligation de représentations pluralistes. Cela semblait tomber sous le sens et nous n’aurions pas proposé de nouvelle rédaction si le conseil départemental des Hauts-de-Seine n’avait pas eu l’imprudence – sans attendre la promulgation de la loi – de désigner ses représentants, exclusivement issus de sa majorité. C’est ainsi que le département des Hauts-de-Seine réinvente le système du parti unique.

M. Stéphane Peu. En effet ! Le quartier de La Défense a toujours fait saliver la droite des Hauts-de-Seine et flatte aujourd’hui les délires mégalomanes de ceux qui veulent profiter du Brexit pour faire de La Défense le nouvel eldorado des affaires. Il faut dire qu’en matière d’affaires, la droite des Hauts-de-Seine en connaît un rayon !

M. Alexis Corbière. C’est vrai !

Mme Constance Le Grip. Quel procès !

M. Stéphane Peu. Conflits d’intérêts, financements illicites, enrichissement personnel… De Charles Pasqua, aux Ceccaldi-Raynaud, en passant par Patrick Balkany, l’histoire de la droite dans ce département a toujours été celle « d’un clan qui trafique de l’argent », selon la formule utilisée par les journalistes Davet et Lhomme dans un ouvrage de 2013.

On mesure l’enjeu que représente aujourd’hui pour leurs successeurs l’opportunité de faire main basse sur le quartier de La Défense et de le conserver dans leur chasse gardée. Nous regrettons que l’actuelle majorité se fasse le complice d’une telle opération.

Nous refuserons donc résolument de voter ce projet de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)