Explication de vote motion de censure GDR, Nouvelle Gauche, FI

par Jumel Sébastien

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, pour les parlementaires communistes que nous sommes, cela fait plusieurs mois que la coupe de ce président, de son gouvernement, de sa majorité, est pleine. Ce qui ressort des échanges que nous avons avec nos concitoyens, au quotidien, est sans appel : la coupe que vous servez aux Français est pleine d’une politique à sens unique, qui fait mal aux classes populaires, qui fait mal aux classes moyennes.

Quarante et une réformes, avez-vous rappelé, pour abîmer la France, pour renoncer à l’aménagement de nos territoires. Pouvoir d’achat des retraités attaqué, emplois aidés supprimés, crise de l’hôpital laissée sans réponse, attaques contre le monde du travail, diminution des aides personnalisées au logement, torpillage du logement social, soustraction des services publics dans les milieux ruraux et dans les villes moyennes, volonté de tuer à petit feu nos communes, renoncement à un État qui corrige les inégalités. Et en même temps – cela va de pair – cadeaux fiscaux par milliards à ceux pour qui l’argent dégouline déjà !

Vous agissez comme s’il fallait jeter par-dessus bord la République qui protège, pour servir ceux qui pensent que l’heure est venue d’administrer à la France la purge thatchérienne, comme jadis ils auraient saigné le malade pour mieux le guérir. Nous vivons un niveau d’attaque contre le modèle social français qui n’a pas connu d’équivalent. Nos concitoyens ne sont pas dupes de cette entreprise ultralibérale. La coupe est pleine et nous avons donc mille et une raisons de voter la défiance contre votre gouvernement, contre sa politique dont nous pensons qu’elle abîme la République.

L’idée qu’Emmanuel Macron est le président des riches ne fait plus débat. À ce niveau, d’ailleurs, ce n’est plus le sparadrap du capitaine Haddock qu’il traîne, mais un boulet de galérien. Cela étant, jusqu’aux quinze derniers jours, qui ébranlèrent le « nouveau monde », pouvait demeurer l’illusion qu’une nouvelle manière de faire de la politique était incarnée par ce jeune président élu sur la promesse d’une « République exemplaire ». Mais patatras ! Cette construction-là s’effondre à son tour. Nous mesurons, à travers ce que révèle le comportement du collaborateur préféré du Président, à travers la latitude, les facilités dont il a joui, la dissimulation, les avantages multiples dont il a bénéficié, après même que ses actes répréhensibles ont été connus au sommet de l’État, que cette construction était un château de cartes, un tour de passe-passe. La République exemplaire est en fait un mirage posé sur l’horizon des Français.

Cette affaire Benalla-Élysée-Macron, qui survient en plein débat sur le projet de réforme constitutionnelle, agit comme le révélateur d’une gouvernance qui n’a d’exemplaire que la façon dont elle consacre, comme jamais jusqu’alors, l’hypertrophie présidentielle dans la pratique de nos institutions. Cette affaire révèle une présidence Macron qui s’occupe de tout et du reste, pratique sans complexe la confusion des pouvoirs, organise un État de déférence, et même de révérence, et qui, au-dessus du Gouvernement, passé à l’ombre, orchestre un gouvernement bis, au mépris même de nos institutions.

Cette présidence sourde aux avertissements du pays, ivre de ses vérités, fait passer la précipitation pour de l’esprit de décision. Elle veut au quotidien étouffer le débat démocratique et désormais, même, elle le délégitime, elle le caricature en immobilisme pour mieux demain le réduire à peau de chagrin, en remplaçant les représentants du peuple par des technocrates qui mettront en œuvre vos projets, vos pseudo-vérités du marché libre et sans entraves. Ce qui gêne le plus cette présidence, c’est l’idée que l’opposition discute ses projets, des projets qu’elle voudrait déjà décisions, en vertu de la vitesse d’exécution libérale.

Nous ne distinguons pas cette affaire de violence politique, d’impunité et de sentiment de toute puissance du projet de réforme constitutionnelle du président Macron, de son projet de société du laisser-faire et du laisser-passer, débarrassé de tout ce qui lui fait obstacle. Le Parlement vient de faire la démonstration par l’absurde de la caricature et de la nocivité de cette réforme.

Nous sommes face à un président qui, décidément, a emprunté l’itinéraire d’un enfant gâté, qui ne supporte pas le temps de la démocratie ; un président dont le projet constitutionnel présente des similitudes troublantes avec celui de la Constitution du Second Empire de Napoléon III ; un président qui n’aime pas la transparence, comme en témoigne le texte sur le secret des affaires ; un président gêné par la liberté de la presse, comme l’illustre le texte sur les fake news ; un président qui veut moins de Parlement pour plus de Président.

Monsieur le Premier ministre, en vous écoutant, on a l’impression que la chanson Tout va très bien, madame la marquise redevient d’actualité.

Le peuple ne l’entend pas de cette oreille. En votant cette motion de censure, nous sommes fidèles à sa colère. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et NG.)