Grand débat : organisation de l'Etat et des services publics

par Bruneel Alain

Après le temps du débat doit venir celui des décisions. Comme nous, vous avez dû entendre l’expression de nos concitoyens qui réclament avec force le maintien et le développement de nos services publics pour faire avancer l’intérêt général sur les territoires.

Cette expression n’est pas nouvelle, et je voudrais ici relayer le combat primordial des usagers et des cheminots pour un grand service public du fret ferroviaire.

COP21, COP22, COP23 : COP après COP, on n’écope que les intentions. Les accords internationaux s’enchaînent, les opérations de communication se multiplient, mais les actes concernant le transport de marchandises restent dramatiquement absents. Pourtant, les transports sont un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. Plus précisément, 95 % des émissions liées aux transports sont causées par le transport routier. Le report modal de la route vers le rail constitue donc un levier puissant pour lutter contre le réchauffement climatique. Tout le monde est d’accord, mais faute de volonté politique, les gares de triage ferment les unes après les autres et Fret SNCF veut supprimer près de 15 % de ses effectifs d’ici 2021. 700 postes de cheminots sont menacés ; 6700 cheminots travaillaient au fret SNCF en 2017 contre 13 732 en 2009.

Pendant ce temps-là, les Français meurent de la pollution ! Neuf personnes sur dix respirent un air trop pollué et 48 000 personnes décèdent chaque année dans notre pays à cause de ce fléau. Dans ma région des Hauts-de-France, où les camions s’entassent chaque matin sur l’autoroute A1, ce sont 6500 décès prématurés chaque année à cause de la pollution, une réalité dramatique à laquelle il faut ajouter l’impact sanitaire de l’augmentation des maladies cardio-respiratoires et des cancers.

C’est la question de l’avenir de la planète, l’avenir de notre jeunesse. Les mobilisations se succèdent partout dans le monde sur le sujet. Face à des chiffres aussi brutaux, l’heure n’est plus aux beaux discours ni à la demi-mesure, d’autant que demain, ce sera pire. Une augmentation du trafic de marchandises de 30 % est prévue d’ici 2030. Concrètement, c’est 1 million de camions supplémentaires sur les routes européennes qui sont attendus.

Il faut donc des actes forts pour garantir une vraie ambition de report modal de la route vers le rail.

D’un point de vue économique, la preuve de l’efficacité du fret n’est plus à faire. C’est un formidable outil de développement industriel. Il peut offrir aux acteurs économiques des coûts avantageux, à condition bien sûr d’avoir les infrastructures et le personnel suffisant. Le fret ferroviaire est aussi un outil efficace pour lutter contre le dumping social organisé par la route.

Pourtant, depuis 2006 et l’ouverture à la concurrence, la part du fret ferroviaire n’a cessé de baisser alors que celle du transport routier est en augmentation constante : 1 800 000 camions sont arrivés sur nos routes en quinze ans. Il en résulte des nuisances sonores, une dégradation des chaussées et une multiplication des routes à fort trafic de camions, devenues accidentogènes. Autant de conséquences supportées pour l’essentiel par les collectivités.

Voilà le bilan de la privatisation rampante des entreprises publiques qui a livré le secteur du fret aux appétits du privé ! La SNCF organise même sa propre concurrence en interne en offrant les trafics les plus rentables à ses filiales : voies ferrées locales et industrielles sur le rail, GEODIS pour la route.

Force est de constater que les engagements du Grenelle de l’environnement visant à porter la part des transports alternatifs à la route à 25 % en 2022 sont loin d’être tenus.

En France comme en Europe, la question du fret ferroviaire demeure la grande oubliée des politiques publiques. Des différentes réformes du ferroviaire jusqu’à la loi sur les mobilités en passant par la loi relative à la transition énergétique, la question du fret est systématiquement passée sous silence.

La question est donc, messieurs les ministres : qu’allons-nous faire ? Entendez-vous l’aspiration des citoyens à plus de service public ? Plutôt que d’investir pour développer le fret ferroviaire, la réponse est toujours la même avec vous : pour moderniser il faut privatiser, il faut casser, il faut supprimer, il faut rentabiliser. Non, messieurs les ministres ! Pour moderniser, il faut investir, il faut oser, il faut développer, il faut recruter, il faut faire le pari d’un grand service public du rail, seul moyen de répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux !

La jeunesse du monde a tiré la sonnette d’alarme. Elle attend désormais des actes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)