PLF 2018 - Economie (commission élargie)

par Bruneel Alain

Comme Sébastien Jumel l’a souligné dans son rapport, la part de l’industrie dans l’économie française a été divisée par deux en quarante-cinq ans. Depuis 1970, la part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée est passée de 22 à 12 %. L’industrie ne représente plus que 10 % des emplois contre 23 % en 1970. Ces cinq dernières années, les pertes nettes d’emplois industriels se sont poursuivies au rythme de 2000 à 16 000 emplois par trimestre. Triste bilan aux yeux des députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine !

Dans ces conditions, nous aurions pu attendre que l’exécutif manifeste l’ambition d’un renouveau industriel. Bien au contraire, les crédits destinés au soutien à la politique industrielle reculent de 11,5 %. Certes, ce ne sont pas les seuls crédits consacrés à l’industrie mais vous restez dans une politique de niches et de vitrines industrielles là où il nous faudrait une véritable stratégie. Quels moyens entendez-vous déployer pour mettre fin à l’hémorragie que subit notre industrie depuis plus de vingt ans, comme s’y était engagé Emmanuel Macron lors de la campagne ?

Par ailleurs, comme le souligne notre rapporteur, nous ne disposons d’aucune évaluation satisfaisante des pôles de compétitivité qui ont pourtant échoué à promouvoir une politique de montée en gamme de notre industrie. Sans doute est-il nécessaire de revoir le fonctionnement de ces outils : êtes-vous prêt à en évaluer sérieusement l’efficacité ?

Enfin, j’observe une importante baisse des crédits consacrés aux centres techniques industriels qui, à l’image des chambres de commerce et d’industrie dans leur domaine de compétence propre, exercent des missions de développement économique et de soutien technique au service des entreprises. Entre 2012 et 2017, les dotations budgétaires aux CTI et aux comités professionnels de développement économique ont baissé de 49 %. Nous nous interrogeons quant à la pertinence du choix que vous faites de prolonger cette trajectoire au risque de priver les PME du soutien dont elles ont tant besoin.

Réponse de Monsieur Benjamin Griveaux, secrétaire d’État :
Enfin, Monsieur Bruneel, la politique industrielle ne se résume pas aux missions et aux programmes que nous examinons aujourd’hui en commission élargie. Elle consiste aussi dans ces actions que mène l’État pour favoriser la constitution de grands groupes européens. C’est le cas des chantiers navals de Saint-Nazaire, pour lesquels un accord a été conclu avec l’industriel Ficantieri, comme du rapprochement entre Alstom et Siemens. Je rappelle qu’Alstom et Siemens étaient menacés par un concurrent chinois réalisant trois à quatre fois le chiffre d’affaires du groupe nouvellement constitué et qu’Alstom risquait de se retrouver seul dans l’hypothèse d’un rapprochement entre Siemens et Bombardier. La politique industrielle, c’est aussi le Fonds pour l’innovation de rupture, doté de 10 milliards d’euros pour permettre à nos industries de franchir ce cap technologique et créer ce que d’aucuns appellent les « grappes technologiques ». Nous n’avons pour l’instant que de petits bouts de raisins, mais j’aimerais qu’on plante la vigne de cette rupture technologique pour notre industrie. Il faut aussi aller vers un décloisonnement entre industrie et services, donc numériser notre outil industriel