PLF 2018 - Recherche et enseignement supérieur (séance)

par Buffet Marie-George

Monsieur le président, madame la ministre, madame et messieurs les rapporteurs, chers collègues, certains budgets revêtent une importance particulière tant leurs thématiques touchent à l’avenir de notre nation par l’accès aux connaissances du plus grand nombre de ses enfants. Celui de l’éducation nationale est de ceux-là, mais aussi celui de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante.

Le Gouvernement et sa majorité évoquent sans cesse l’innovation, l’esprit d’entreprendre et la jeunesse comme sources d’énergie pour notre pays. C’est juste, même si j’y ajouterais la justice sociale et l’accès au droit. Mais alors, pourquoi un tel budget de la recherche et de l’enseignement supérieur, qui manque cruellement d’ambition et ne répond pas aux difficultés, en particulier pour l’université et la vie étudiante ?

Près de 200 millions d’euros en plus pour l’enseignement supérieur, c’est une progression que nous pouvons acter. Elle n’est cependant pas à la hauteur des défis de l’université, des besoins des établissements et des moyens réels alloués par étudiant.

Cette année, 35 000 étudiants et étudiantes de plus ont été accueillis, et ce mouvement va se poursuivre. Entre 2008 et 2018, le nombre d’étudiants et d’étudiantes a augmenté de 20 %, mais le budget de l’enseignement supérieur n’a pas suivi, et le montant alloué par étudiant a ainsi baissé de 10 % en dix ans. Vous n’en portez pas la responsabilité, madame la ministre. Les gouvernements précédents ont parlé autonomie, excellence, mais les moyens, eux, n’ont pas été au rendez-vous !

Il faudrait, chaque année, un milliard en plus dédié à l’université pour pouvoir accueillir dans des conditions dignes les nouveaux étudiants. Toutes les organisations syndicales, étudiantes ou enseignantes, l’affirment. Ce niveau d’investissement est nécessaire pour que soit mis fin aux scandales de lycéens se retrouvant sans affectation, ou dans des universités en pitoyable état, dans des classes de travaux dirigés surchargées. C’est un investissement plus porteur pour notre pays que les cadeaux fiscaux divers et variés !

Nous devons saisir à bras-le-corps le défi de la démographie étudiante. Pour y répondre, deux voies sont possibles. La première consiste à refermer l’université sur elle-même, en dressant des barrières toujours plus hautes à l’entrée. Cette voie-là – cette impasse – est portée par ceux qui estiment que l’université est malade de sa démocratisation, ceux qui ne voient pas d’un bon œil l’accès au supérieur pour les élèves de la filière professionnelle. En n’offrant pas des moyens suffisants à l’université, on leur donne, d’une certaine manière, raison.

La deuxième voie, c’est de donner les moyens aux établissements d’accompagner aux mieux les élèves, en augmentant sensiblement les crédits et surtout, en donnant les moyens aux étudiantes et étudiants de se concentrer sur leurs études. Cette voie, c’est aussi celle des actrices et acteurs de l’éducation nationale qui savent que l’orientation des élèves au lycée ne s’améliorera que par l’augmentation des moyens humains, en redonnant toute sa place aux centres d’information et de documentation qui ferment les uns après les autres, on le constate hélas ! en Seine-Saint-Denis où plusieurs ont fermé avant la rentrée.

Cette voie, c’est celle qui veut mettre fin à la mise en concurrence mortifère des établissements et à une université à deux vitesses. Vous allez supprimer la plate-forme APB et le recours au tirage au sort. C’est une très bonne nouvelle, tant le système était opaque, inefficace et surtout profondément injuste. En voulant réformer l’orientation, vous vous attaquez madame la ministre, avec le ministre de l’éducation nationale, à l’une des racines du problème. Oui, il faut mieux préparer les lycéens à franchir la marche entre le lycée et l’université, en les aidant à affiner leurs choix, à mesurer les contraintes et possibilités propres à chaque filière. Pour autant, l’orientation ne peut être le seul choix des professeurs des lycées et des universités, à travers le système des fiches avenir et des attendus. Le dernier choix doit revenir au bachelier, car c’est son avenir qui se joue. Encore faut-il qu’il y ait des places disponibles et des moyens !

Vous avez raison de vouloir lutter contre le fort taux d’échec en première année de licence. Ce gâchis humain est inacceptable et reproduit souvent les inégalités sociales. Mais là encore, il faudrait largement augmenter le nombre de postes d’enseignants-chercheurs, ce qui n’est pas financé.

Si je devais résumer la nature de ce budget et du Plan Étudiants annoncé, je dirais, madame la ministre, que vous restez au milieu du gué, avec un plan qui essaye de gérer la pénurie, le mal-être de l’université française, sans vraiment la soigner, sans vraiment mettre fin à la sélection faute de moyens. C’est contre cette sélection que dix-sept organisations de jeunesse ont lancé hier un appel.

Enfin, le problème de la précarité étudiante n’est pas correctement traité. Trop nombreux sont les jeunes qui se retrouvent dans une situation matérielle et morale difficile, obligés de travailler pour financer leurs études, ce qui met en péril leur réussite.

Nous proposons donc, une nouvelle fois, la mise en place d’une véritable allocation d’autonomie pour tous les étudiants et étudiantes, leur garantissant un confort matériel favorable à la réussite de leurs études. Nous souhaitons également renforcer les moyens dédiés aux œuvres universitaires. Je pense notamment à l’intérêt pour les étudiants de la vie sur un campus où le tutorat et l’entraide sont facilités.

Madame la ministre, ce budget ne donne pas à l’université les moyens de la réussite de toutes et tous, aussi les députées et députés du groupe GDR ne le voteront-ils pas.