Politique culturelle

par Dharreville Pierre

Monsieur le président, chères et chers collègues, je veux en cet instant avoir une pensée pour M. Jack Ralite, à qui nous eussions dû rendre hommage ici. Il fut un grand ministre de la santé, mais aussi, sans en avoir le titre, de la culture. (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent.)

Monsieur le Premier ministre, où est la culture ? Où est la culture dans l’ordre de vos priorités, de vos initiatives, de vos politiques ? On a bien entendu votre volonté de libérer le capital et de refonder notre modèle en vous attaquant à ce que vous croyez être le mauvais esprit français. Mais quelle est votre ambition pour la culture ?

Il n’y a pas de démocratie ni d’émancipation sans culture. Le travail est culture ; le sport, la République, l’écologie, la création, naturellement, sont culture. Mais, lorsque l’on confie les rênes aux grands propriétaires et aux marchands, lorsque l’on sabre les investissements, la culture prend froid.

Il y a également matière à s’inquiéter de la concentration de la presse et de la marchandisation de l’information, auxquelles s’ajoute votre triste projet d’affaiblissement de l’audiovisuel public. La presse écrite, presse régionale comprise, est en difficulté, et la concurrence non faussée imposée par l’Union européenne ne saurait être invoquée pour ne rien faire en faveur du pluralisme et de la qualité du débat public.

Faisons valoir l’exception culturelle et informationnelle ! Pour construire l’avenir de notre pays, nous avons besoin d’un grand projet culturel, nous avons besoin de libérer la créativité, le partage de la création, du questionnement et de l’art.

Nous avons besoin d’un grand mouvement de construction collective de ce que nous sommes au monde pour faire vivre cette question existentielle et essentielle : quelle humanité voulons-nous être ?

Des révélations préoccupantes sont parues ces derniers jours dans la presse. Quels seront donc vos actes pour la culture, la création et l’information ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur plusieurs bancs du groupe NG.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture. Monsieur Dharréville, vous avez raison de rendre hommage à Pierre Ralite… (Exclamations.) Pardonnez-moi : à Jack Ralite, auquel je voudrais aussi rendre hommage ! C’était un homme pétri de culture, un grand défenseur de la culture, que j’ai personnellement bien connu. (Sourires. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Cet infatigable défenseur de la culture disait ceci : « La culture, c’est peut-être au moment où ça va le plus mal qu’on en a le plus besoin. » Je partage cette conviction et suis ici pour la porter.

L’ambition donnée à la culture dans un projet politique est toujours le miroir d’une civilisation. La culture est au cœur de notre projet, celui qui doit permettre à la France de relever les défis du XXIe siècle, rendre au pays son optimisme et faire en sorte que chacun trouve en confiance sa place dans la société.

Or l’exclusion, qu’elle soit réelle ou ressentie, touche une part croissante de nos concitoyens. Face à elle, la culture a un double pouvoir : celui de ramener dans le jeu tous ceux qui en sont éloignés et celui de donner du sens à la solidarité. Pour que la culture joue ce rôle, il faut combattre les inégalités d’accès et faire tomber les déterminismes, les complexes et les barrières.

Telle est la mission que le Président de la République et le Premier ministre m’ont confiée. Je me battrai pour que chacun puisse pratiquer un art et ressentir devant l’immensité de la création l’élan et l’émotion que, j’imagine, chacun d’entre vous a sans doute déjà éprouvés.

Pour aller à la rencontre de tous, nous nous appuierons sur des relais privilégiés. Ainsi, à l’école, pour commencer – Jean-Michel Blanquer l’a évoqué –, la culture doit structurer la vie de chaque enfant pour guider celle de chaque citoyen. Nous mettrons en œuvre le « pass culture » en 2018. Les bibliothèques…