Question au Ministre sur l'enseignement du premier degré

par Faucillon Elsa

Monsieur le président, monsieur le ministre, chers collègues, le dernier rapport publié par l’OCDE comparant les systèmes éducatifs de ses 35 pays membres montre que les salaires des enseignants français en primaire sont inférieurs de 9 % à la moyenne alors même que les professeurs des écoles français travaillent davantage, en nombre d’heures, que la plupart de leurs homologues européens. Nous constatons également, par exemple, qu’un débutant gagne deux fois moins en France qu’en Allemagne.

Il n’est donc pas étonnant – c’est un peu dans la lignée de la question sur le prérecrutement que je vous ai posée hier – que 7 % seulement des diplômés du supérieur s’engagent dans cette voie : ils savent qu’ils peuvent gagner bien mieux leur vie ailleurs et que les rémunérations du premier degré restent faibles pour quelqu’un qui a fait des études supérieures. J’ai récemment visité un centre de formation d’apprentis : à l’issue de leur formation, les ascensoristes ou les menuisiers gagnent bien plus à l’embauche qu’un enseignant du premier degré. C’est très bien pour eux, mais il me semble que cela soulève des questions quant au métier d’enseignant et à son attractivité.

La France est depuis longtemps l’un des pays qui payent le moins ses enseignants du primaire, en donnant l’avantage au lycée et à des filières d’excellence. Je crois que le corps enseignant attend une véritable revalorisation sociale et salariale des métiers. Il s’agit évidemment de redonner du sens au métier d’enseignant en reconnaissant l’ensemble des activités effectuées par les enseignants et en leur donnant un salaire équivalent à leur investissement et à leur parcours d’études.

Je regrette qu’au lieu de répondre à cette attente, à cette urgence, vous choisissiez par exemple de rétablir le jour de carence, accréditant ainsi cette idée qui court selon laquelle l’absentéisme serait bien plus important chez les enseignants qu’ailleurs. Nous demandons au contraire de développer la qualification plutôt que de brandir le bâton ; nous demandons une revalorisation des salaires des enseignants, ceux-là mêmes qui forment les esprits de nos enfants, des citoyens de demain.

Monsieur le ministre, quand comptez-vous mener une politique de revalorisation des salaires des enseignants du premier degré, et avec quelle ampleur ?

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Madame Faucillon, la question de la valorisation de la fonction enseignante est essentielle. Nous l’avons en effet abordée hier, tant elle était sous-jacente à de nombreux propos.

Les comparaisons internationales que vous avez rappelées, en particulier dans le cadre de l’OCDE, sont exactes s’agissant notamment des professeurs du premier degré. La comparaison que vous avez faite avec l’enseignement professionnel ne me gêne pas, puisque j’affiche comme une grande priorité la valorisation de celui-ci. Au contraire, je suis heureux que vous puissiez souligner à cette occasion qu’il existe de beaux métiers et de bonnes rémunérations lorsque l’on choisit cette voie-là.

Ceci étant, nous devons nous atteler à la question de la valorisation de la fonction enseignante, ce qui inclut la question du salaire, mais pas seulement. En la matière, il faut tenir compte du nombre d’heures travaillées, lesquelles ne se limitent pas aux heures de cours. Nous devons avoir une vision globale, y compris lorsque nous faisons des comparaisons internationales.

Des revalorisations sont envisagées dès l’année prochaine, puisqu’un stagiaire percevra 1 900 euros annuels bruts supplémentaires en entrant dans la carrière. Il s’agit là d’une première évolution importante, qui va dans la bonne direction. À cela s’ajoute tout ce que nous allons faire pour l’accomplissement du protocole PPCR – Parcours professionnels, carrières et rémunérations –, mais aussi la mesure que je pourrai, je l’espère, mettre en application, à savoir le versement d’une prime de 3 000 euros aux enseignants en réseaux d’éducation prioritaire, que j’ai évoquée en réponse à une question précédente.

Nous devons également examiner ces questions dans le cadre d’une vision pluriannuelle, en fonction des moyens budgétaires de la France – vous connaissez la situation contrainte qui est la nôtre. Nous n’en devons pas moins tracer des perspectives ; c’est ce que je fais en dialoguant avec les organisations syndicales.